Liberté chérie…

Cet article-là a fait l’objet d’une première mouture. Je n’ai pas compté les mots, mais il y en avait trop ! Comme il y avait trop de colère dans les débats qui ont entouré l’annulation du spectacle Slav et compromis la production de Ô Kanata au début de l’été à Montréal.

Pour ceux qui liront cet article sans être au courant des deux affaires, Slav est un spectacle de Robert Lepage créé en juin à Montréal et dont les représentations ont été interrompues au prétexte qu’il s’agissait d’ « appropriation culturelle » – des chants d’esclave chantés par Betty Bonifassi, une blanche. Dans la foulée, la production de Ô Kanata, spectacle racontant l’histoire de la confrontation entre blancs et amérindiens pour lequel Robert Lepage collaborait avec Ariane Mnouchkine a également été interrompue. Il n’y avait pas d’amérindiens au casting – tout simplement parce qu’il n’y en pas parmi les comédiens de la troupe pourtant extrêmement métissée du Théâtre du Soleil – et certains autochtones ont déploré que le récit soit déployé, encore une fois, par des blancs.

Je ne vais pas retracer l’historique des débats. On retiendra simplement une manière très américaine de faire prévaloir la parole ou les revendications des communautés sur une prétention à l’universel qui permettrait à tout comédien, à tout chanteur de s’emparer d’un texte, d’une mélodie, d’une histoire.

Problème de timing quand en parallèle de la production de Ô Kanata, une enquête est en cours sur les disparitions des femmes autochtones. L’actualité est trop douloureuse et l’histoire n’appartient pas encore au passé ; elle ne saurait faire l’objet d’un spectacle.

Et pourtant…

Peut-on réserver voire confisquer une parole ? Peut-on au nom d’une communauté s’exprimer d’une seule voix ? Quand l’histoire tombe-t-elle dans le pot commun ou le « domaine public » ? Doit-on demander « réparation » ?

Ou peut-on faire un pas de côté, un pas de danse, emprunter un masque, tresser les langues, être d’ici et d’ailleurs, de partout à la fois ?

A propos du communautarisme et de la liberté

Dans les débats du mois de juillet, le « nous » communautaire a laissé peu de place au « je » d’une trajectoire particulière, qu’on pourrait aussi lire « jeu » dans le sens d’un léger espace pour se mouvoir, pour être libre.

Dans mon éducation française, la liberté, c’est un petit « je » qui prétend à l’universel et dans lequel résonne la loi morale de Kant dans Les Fondements de la métaphysique des moeurs : « agis de telle sorte que tu puisses toujours aussi vouloir que la maxime de ton action devienne une loi universelle ». Alors le désistement d’un producteur, une direction de théâtre qui interrompt des représentations, j’ai trouvé ça – en première approche – aberrant.

Ça c’est mon éducation. Mon expérience de la liberté est différente et beaucoup plus radicale. Selon mon expérience, la liberté est la condition la plus désirée au monde… et la moins embrassée ! La liberté véritable, c’est la responsabilité : prendre en charge notre histoire, nos blessures, nos besoins et nos désirs, et ne pas demander aux autres ni de nous soigner, ni de faire notre bonheur.

Alors quand j’entends les membres de certaines communautés demander « réparation » (entendu en Martinique et lu ici au Canada), je sens comme des chaînes qui se resserrent.

A propos d’une possible réparation

Je crois qu’une réparation qui viendrait de l’extérieur n’existe pas car on ne peut pas remonter le temps. Un homme qui a été assassiné ne ressuscitera pas. La destruction des villes et l’exil des canadiens installés sur les territoires non cédés du Canada avec pour objectif de rendre aux autochtones leurs territoires d’avant la colonisation n’est pas à l’ordre du jour. Comme le rappelle Ariane Mnouchkine, il n’existe pas de paix juste. Effectivement, la vie ne se soucie pas de justice – ou alors elle nous échappe. 😉 Elle se soucie de vie !

La seule réparation possible est celle que l’on tricote soi-même en choisissant de ne pas sacrifier l’avenir au passé, le possible au morbide, en quittant sa peau de victime. En comptant tout ce qu’il nous reste, ne serait-ce qu’un battement de cil et une larme. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Oui.

Certains diront : « oui, mais vous ne connaissez pas leur histoire ». À quoi on pourra rétorquer : « et eux ne connaissent pas la mienne ». Peu de gens sont épargnés en fait… N’allons pas comparer nos cicatrices ; ce serait entrer dans la concurrence des victimes, une voie sans issue.

La liberté est un choix personnel, une ébauche et une promesse. Un rendez-vous.

A propos de l’intériorité

En ce moment au Musée des Beaux Arts du Canada se tient l’exposition « Nous sommes ici, d’ici ». L’exposition présente une sélection d’oeuvres d’artistes noirs contemporains du Canada. À travers ces oeuvres, elle révèle le regard que ces artistes portent sur leur identité : présence ou absence des noirs dans l’espace public, métissage, héritage, équilibre. À chaque artiste sa manière d’adresser cette question.

Parmi toutes les oeuvres exposées, ce sont celles de Charmaine Lurch qui m’ont touchée.

Une ronde de femmes, une cambrure, un sourire, un visage absorbé par la lecture… Charmaine Lurch dessinent des femmes noires rayonnantes, heureuses, naturelles… libres ! Une par oeuvre. Uniques. Le temps d’une visite au musée, on partage leur intimité. C’est une oasis de grâce et de simplicité. Tout est mouvement. Les dessins débordent du cadre comme celui de cette femme qui lit. L’arrondi des joues est envoûtant. Pieds nus et indifférente aux visiteurs qui défilent, c’est une allégorie de l’intériorité et de la liberté. Quelque chose se dérobe au regard.

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Pour le clin d’oeil et parce que conjointement à l’exposition « Nous sommes ici, d’ici » se tient l’exposition « D’Afrique aux Amériques : Picasso en face-à-face, d’hier à aujourd’hui », ci-dessous un dessin de Picasso sur le même thème.

Parenté entre les oeuvres de Picasso et les artefacts africains qu’il a collectionnés ou filiation entre Charmaine Lurch et Picasso ? Faut-il vraiment établir une chronologie ? Les formes et les idées circulent en aval et en amont, alentour, en nous et autour de nous, librement.

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Photos (1) et (2) Happy in Montréal : oeuvres de Charmaine Lurch photographiées lors de ma visite au MBAM – Photo (3) via Pinterest : Olga lisant, Picasso, vers 1920.

Lavande miraculeuse à Saint-Eustache

Quelle est la chose que l’on s’attend le moins à trouver au Québec quand on est provençal ? De la lavande ! Eh bien si, il y en a et « c’est de la bonne ». 😉

Ca se passe à la Maison Lavande non loin de Montréal. Un couple d’ex-journalistes propriétaires d’un terrain de fruitiers est tombé en amour avec la lavande lors d’un voyage en Provence et Maison Lavande est née, parmi les épinettes, les hêtres et les bouleaux.

Plus de 100 000 plants s’étendent sur un kilomètre de rangées violettes. C’est doux, apaisant, odorant. Au bout du champ, une aire de repos avec hamacs suspendus invite à faire la sieste bercé par une brise parfumée. Hier, le ciel était couvert et le bleu lavande irradiait d’autant plus dans la lumière orageuse…

On se remémore les vers de Verlaine dans Art poétique :

« Que ton vers soit la bonne aventure / Eparse au vent crispé du matin / Qui va fleurant la menthe et le thym / Et tout le reste est littérature »

La littérature, on n’y prétend pas sur ce blog, mais à la bonne humeur et au plaisir, oui !

La lavande tient à distance les moustiques et tous les animaux (renards, chevreuils, écureuils) ; elle requiert peu d’arrosage. En parfumerie, elle sied indifféremment aux hommes et aux femmes. Elle calme les enfants, les migraines, les piqûres… et les champs sont un magnifique panorama à selfie pour jeunes filles en blanc. Que demander de plus ? Un flacon d’huile essentielle de lavande fine et un nuage de brume de linge sur son oreiller. Vous trouverez ça à la boutique de la parfumerie Maison Lavande. Vous êtes conquis ? Nous aussi !

Photos Happy in Montreal ❤